Par Epytafe - 27-04-2010 22:43:54 - 4 commentaires
En juillet 38, à Cologne, en pleine Allemagne nazie une fillette pousse son premier cri, le premier et probablement le seul de toute sa vie. Christa Päffgen commence sa vie assez difficilement comme le veut l’époque. Son père meurt dans un camp de concentration et sa mère déménage dans la banlieue berlinoise ou elle passera la guerre chez son propre père, cheminot. Christa quitte l’école à 13 ans pour vendre de la lingerie, une place que sa mère lui a trouvée. Mais rapidement, sa beauté hors-norme, éthérée, presque angélique améliore son quotidien. Elle décroche une place de modèle d’abord à Berlin et se retrouve, âgée de 15 ans à peine à Ibiza puis à Paris. Elle apparaît dans quelques films et est remarquée par Fellini en personne en 1959. Mais c’est en 1962 que débute sa réelle carrière.
Elle tient le rôle principal dans un film français, de Jacques Poitrenaud, Strip-tease. A cette occasion, Serge Gainsbourg lui écrit la chanson titre de la BO qui sera finalement réenregistrée par Juliette Greco. C’est en 1962 aussi qu’elle aura un fils d’Alain Delon, Ari, que son père ne reconnaitra jamais malgré une évidente ressemblance physique. Il sera élevé par les parents d’Alain Delon et plus tard prendra la route avec sa mère lors de ses tournées. Dans le documentaire Nico Icon réalisé par Susanne Ofteringer, il raconte la route, la déchéance progressive de sa mère et comment elle l’initie à l’héroïne alors qu’il a 14 ans.
Sa carrière de chanteuse décolle réellement un peu plus tard. Elle enregistre son premier disque en 1967, Chelsea Girl et participe la même année au mythique album à la banane du Velvet Underground. Elle ne chante que sur 3 chansons et l’album, beaucoup trop novateur est un échec commercial. Il faut dire que les thèmes abordés sont un peu décoiffant pour ces tranquilles années 60. Entre les tractations avec un dealer (waiting for my man), une presque ode aux drogues dures (heroin) et une sérénade SM (Venus in Furs) il y a de quoi choquer. Cet album rentrera dans la légende, légende qui emportera Nico parfois considérée encore actuellement, comme la chanteuse du Velvet Underground qu’elle quittera pourtant très rapidement. Le Velvet était une sorte de création d’Andy Warhol, le premier groupe à jouer extrêmement fort alors que Warhol projetait ses films sur le groupe comme unique éclairage. Le groupe jouait dos au public et seule Nico lui faisait face. Une mise en Scène de Warhol, la beauté très pure de Nico contrastait au centre de l’agression sonore et visuelle que subissaient les spectateurs.
Histoires de cœur, de cul, d’ego ? Les raisons du départ de Nico divergent, probablement un peu de tout mélangé. En 69 elle enregistre un nouvel album solo poussé par John Cale du Velvet, elle y joue de l’harmonium et ne quittera plus cet instrument. Mais elle retrouvera Lou Reed et John Cale le temps d’un concert au Bataclan parisien en 1971 édité en CD que 32 ans plus tard
La suite ne sera plus que déchéances physiques et coups de génies musicaux. Nico s’aventure autant dans les expérimentations sonores que chimiques. Elle use et abuse de toutes sortes de drogues tout en sortant quelques albums sublimes ou sa voix grave et rauque et sa prononciation typiquement allemande de l’anglais font merveille.
Sa réinterprétation tout en retenue du The End des Doors sur l’album éponyme orchestré par le fidèle John Cale touche au sublime, voire le dépasse franchement. Elle en fera d’ailleurs une version live sur l’album 1st june 1974 qui voit la réunion, le temps d’un concert, de John Cale, Brian Eno et Nico.
L’approche de la cinquantaine calme pourtant Nico, elle réduit son usage des drogues et semble enfin échapper un peu à ses démons. Le 6 juin 1988, elle donne son dernier concert édité sous le nom de Fata Morgana qui rassemble quelques unes des mélopées obsessionnelles et envoutant dont Elle avait le secret. Le 18 juillet 1988, elle rompt une dernière fois avec tous les clichés Rock’n’Roll en mourant des suites d’un accident de bicyclettes après plus de 30 ans d’immersion dans la trilogie de tout chanteur qui se respecte, chantée par Ian Dury : Sex, Drug and Rock’n’Roll
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4 commentaires
Commentaire de zorey974 posté le 28-04-2010 à 07:20:02
C'est quoi la question?
Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 28-04-2010 à 08:11:46
Toujours cet album à la banane que je n'avais pas et sur lequel je butais tout le temps chez le disquaire...
Je ne savais même pas que Nico était allemande (honte sur moi !), merci pour cet instant de culture un peu triste...
Commentaire de L'Dingo posté le 28-04-2010 à 09:24:39
Pour ajouter à cette page musicologique, des images de la très belle Nico sur une belle ballade de l'album "Velvetunderground & Nico":
http://www.youtube.com/watch?v=CHmAUODVaLY&feature=related
ps : le lutin cheveux courts à lunettes noires sur les photos c'est Lou Reed, rien à voir avec celui aux cheveux longs ( d'antan) qui hante ce forum :-))
Commentaire de Rag' posté le 03-05-2010 à 14:18:29
Je vais écouter. Promis.
Aimer, je sais pas.
Allez, c'est parti!
En tout cas, c'est bien écrit. Très bien écrit, sans fioriture.
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