KikouBlog de Epytafe
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Kol Ukok

Par Epytafe - 12-11-2013 21:37:11 - 13 commentaires

Koshkor, 2012.

Sa rue centrale, sa statuts de Lénine qui tombe en ruine, son bistrot dans lequel les mouches se sentent plus à l'aise que les clients, nappes crasseuses, grasses de suif de mouton, son Wifi, indispensable, ou presque.

Il est tôt encore ce dimanche matin d'août, sept heure peut être, je ne me souviens plus exactement. Quatre vieillards éclusent la première Vodka du matin, silencieux, contemplant leur verres d'un regards vides. Ambiance un peu glauque dans ce Kirghizstan qui a de la peine à négocier avec les démons de son passé. Lénine occupe encore les places centrales de toutes les villes, mais mieux que la systématique marxiste, c'est surtout la Vodka, locale, terrible tord-boyau au relents de mazouts, qui perdure ici.

C'est dans ce troquet minable qu'on a rendez-vous avec notre chauffeur. Il doit nous amener à quelques huit kilomètres d'ici, dans un village d'où nous monterons à pied jusqu'au lac de Kol-Ukok. Lac d'Ukok serait plus juste en fait, manifestement, Kol signifie lac en kirghize. Il arrive, avec les 20 minutes de retard de rigueur par ici, il a l'air frais, heureusement. Je me rend à l'épicerie du bled qui a enfin ouvert, pour chercher de l'eau. Ce produit ne semble intéresser que moi, un môme, 14,15 ans à peine achete une dose de Vodka, vendue ici dans des gobelets de plastique transparent de la taille d'un pot de yaourt. Son regard est fuyant, il sue, déjà atteint. Je ressors et on part.

Le soleil brille, la campagne kirghize est belle, dans les champs, quelques paysans fabriquent des briques d'adobe pour de futures fermes. Entassées au soleil, claires, belles, ces piles de briques parsèment le pays. C'est beau. Après quelques minutes de route, on arrive vers une ferme, le chauffeur nous montre une immense vallée qui s'étale entre les montagnes du Tian-Shan, nous montre vaguement la droite et nous raconte un truc en kirghize. Dans ma poche, une carte au 100'000ème, de mauvaise qualité, imprimée dans une boutique de Bishkek. Bref, on verra bien. Nous partons.

Le paysage est grandiose, démesuré. Les montagnes sont claires, presque blanches, couvertes à leur bases d'une herbe rase, claire, jaunie par le soleil. Les heures passent et on ne se lasse pas du paysage dans lequel on évolue, seuls. Une première rivière, on la traverse à gué. Plus loin, une deuxième, violente, un torrent profond et vicieux qu'il faudra bien traverser. On la remonte, la redescend, cherchant longtemps un endroit qui ne nous semble pas trop dangereux. Finalement, je m'aventure et m'en sors sans dommage. Ma compagne me suit et plonge ses deux chaussures dans 50cm d'eau coléreuse et froide. On continue. Plus loin, un cavalier, seul sur son cheval qui oscille à peine la tête à notre bonjour, brûlé de soleil et d'alcool, puis deux touristes qui nous confirment que la direction suivie est la bonne. La fille est souriante, le mec occupe la conversation à me demander ou trouver les prix les moins chers. Il m'agace, on repart.

Sur notre droite, une vallée et une ébauche de sentier, ça doit être là. Une immense vallée, large, solitaire nous accueille. On la remonte quelques heures, seuls au monde, heureux, enivrés par cette impression de solitude, de découverte. Brusquement, la vallée se ferme par une espèce de muraille verte qu'il va nous falloir grimper. Au milieu de ce mur, un cavalier fait des aller-retours qui nous semblent étranges. Arrivés à sa hauteur, nous comprenons, il parle dans un portable, probablement le seul endroit de la vallée où il peut attraper un bout de réseau. Je sors mon portable kirghize en plastique de ma poche et les deux barrettes sur l'écran confirment notre supposition. De type mongole, coiffé d'un immense chapeau de feutre, chaussé de grosses bottes, on se croirait presque revenu au temps de la horde d'or, ne serait-ce le concentré de technologie qu'il tient dans sa main droite.

Encore quelques mètres de montée et on arrive en haut de cette paroi, on débouche sur le lac, bleu, évidemment, magnifique. A l'autre extrémité, on distingue quelques yourts qui fument. Nous dormirons dans l'une d'elle. Le sentier longe la montagne, étroit, peu sûr, il faut prendre garde de ne pas basculer dans le lac, 30 mètres plus bas. Trois chevreaux arrivent. Sur le premier, un homme, âgé, dents en or, tanné par le soleil, souriant, enfin. Sa fille monte le deuxième canasson alors que le troisième est chargé d'un fatras duquel émerge un matelas roulé et quelques couvertures. On discute quelques minutes et malgré la barrière des langues, on comprend que le vieux emmène sa fille au pensionnat local. On repart.

De l'autre côté du lac, on trouve la yourte qui nous logera. Accueil traditionnel au kumiss, lait de jument fermenté, extrêmement aigre. J'adore, en reprend deux ou trois bols, ce qui me permet de constater que ce truc cogne un peu. A côté, le grand père démonte et remonte ses cartouche de chasse avec un couteau, je suis vaguement inquiet, mais je me rassure en constatant que papy a encore tous ses doigts, il doit savoir ce qu'il fait.

Plus tard, repas sous la tente, thé noir, très fort, riz et mouton. De toute manière, tout à le goût de mouton dans ce pays. Ici, pas d'huile, on cuisine au cul de mouton. Ces bestioles ont en effet une énorme bosse sur leur cul qui, une fois la bébête tuée, est récupérée et sert de graisse à tout faire. Même un bol de riz pue le suif. Durant la nuit je regretterai mes excès de thé qui me forceront à aller régulièrement pisser hors de la yourte, dans ce trou infâme qui sert de wc. Les estivants du coin creusent un grand trou en début d'été, ajoutent deux planches par dessus et voici les chiottes de l'année. Je vous laisse imaginer le fumet qui s'échappe quand vous urinez là-dedans. Belle consolation toutefois, mes aller retours aux wc me permettent de contempler un ciel étoilé d'une rare pureté. Drôle aussi de croiser des cheveaux et des moutons dans le noir. J'ai une frontale, mais je préfère m'en passer, afin de laisser la sensibilité de mes yeux réglée sur maximum, pour voir les étoiles.

Matin, glacial, on est à plus de 3'000, thé, pain au goût de Mouton, sublime confiture au miel, et on repart. Le même trajet, à l'envers. Des mômes provenant d'une autre yourt font la course sur de petits ânes qu'ils malmènent, les plaies à vif sur les flancs de ces pauvres équidés en témoignent. J'ai envie de leur mettre une baffe, j'adore les ânes, mais j'aime bien les mômes aussi, alors je me retiens. On relonge le lac, les couleurs matinales sont sublimes. Plus loin, quatre vautours décollent en nous voyant arriver, et nous suivent en nous tournant dessus, mauvaise augure?

Plus tard, plus loin, trois cavaliers montent doucement, arrivent à notre hauteur. Dessus, trois costauds, manifestement complètement pleins, c'est à peine dix heure du matin. Le premier m'adresse la parole, hautain, agressif. Je ne comprend évidemment rien et ne fait aucun effort, ça sent l'embrouille et je ne suis pas de taille. La lutte kirghize est le sport national ici. J'aurai l'occasion de voir un môme de 14 ans étaler un touriste allemand, balaise, de 100 kilos sans cesser de sourire. Le deuxième sport national est le buzkashi. Deux équipes de cavalier sur un terrain, à chaque extrémité du terrain sont dessinés deux cercles. Au milieu, on place une carcasse de mouton décapité, ou de veau. Le but du jeu est de placer la carcasse dans le cercle de l'adversaire, presque tous les coups étant permis. Ce sport, magnifique, est aussi extrêmement violent. Bref, trois cavaliers, kirghizes sont très largement en état de me faire la peau.

Le type insiste, il veut se faire comprendre. Il répète un mot que je comprend bien. Photos, photos et me montre ma compagne qui est quelques mètres derrière moi. Mon appareil photo est bien caché au fond de mon sac et je n'ai aucune intention de m'en servir, encore moi d'organiser une séance de pose improvisée entre ma compagne et ces trois brutes. Ils puent l'alcool, encore. Cet alcoolisme chronique et violent de l'Asie centrale me lasse, c'est laid, moche et surtout triste à voir. Le mec insiste encore, je lui répond, fermement. -Non!

Vexé, il lève son fouet dans ma direction. Merde, ça s'aggrave. Je commence à flipper un peu mais je ne lâche pas les yeux du bonhomme, tout en repliant mon bras. Je tiens à la main ma paire de bâtons de marche que j'ai eu la bonne idée de replier un peu plus tôt. Ma seule chance, s'il me frappe, je plante mes bâtons dans le flanc du canasson en espérant que la douleur le fasse fuir.

C'est long, on se fixe, son bras, levé, le mien plié, prêt également à frapper. Puis, le bonhomme me lâche un flot d'injures, replie son bras et les trois cavaliers repartent, doucement. Je respire.

Je me suis retourné toute les deux minutes sur le reste du trajet....

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Vanishing Act

Par Epytafe - 30-10-2013 21:42:24 - 2 commentaires

Juin 1987, j'avais 17 ans et U2 passait au stade Saint-Jacques de Bâle. Déjà en 87, je faisais figure d'exception, je n'aimais pas U2. Mais, 3 noms avaient attiré mon regard sur l'affiche : BAD, autrement dit Big Audio Dynamite, le nouveau groupe à Mick Jones, ancien Clash. Il faut que j'explique que, musicalement, j'ai eu l'immense chance que mes parents soient amis avec une famille d'Anglais, de Bradford dont les enfants se sont empressés de faire mon éducation musicale, me montrant et me faisant écouter des disques qu'ils cachaient soigneusement à leurs parents. J'ai donc découvert presque conjointement Henri Dès, Kiss que mes potes à l'écoles adulaient et les Damned, Generation X, Adam and the Ants, les Pistoles et les Clash. Ces amis d'outre-manche m'ont sauvé du triste paysage culturel dans lequel je stagnais.


Je ne sais pas si l'héroïne de la chanson "Rock'n'Roll" du Velvet Underground a réellement eu sa vie sauvée par le Rock, mais je suis certain que la mienne le fut. Sur l'affiche, se trouvait aussi les Pretenders, et voir la belle Chrissie Hynde sur scène n'était pas non plus pour me déplaire. Et, surtout, un poète New Yorkais que je ne connaissais presque pas à l'époque, un dénommé Lou Reed entouré d'une aura sulfureuse de poète maudit qui osait chanter une ode à la pire des drogues, l'héroïne, aux amphétamines aussi, et qui osait afficher son penchant pour pour les plus horribles déviations sexuelles.


Je me souviens assez peu du concert de U2, convaincu que j'étais que le plus important de cette soirée était déjà derrière moi. Juste de ce final, tout en longueur (la dernière chanson de l'album live "under a red blood sky") durant lequel tout le stade ce donnait la main, assez peu pour moi.


1989, Lou Reed, sort l'album New York et c'est toute une aventure d'aller le voir à Lucerne, mais on est récompensé par une 2ème partie très Rock durant laquelle le vieux Lou nous sert quantité de titres du Velvet, noisy à souhait.


1991, je sors de l'armée, et pour me remettre des mauvaises habitudes acquise dans la sainte institution, habitudes de consommation quelque peu excessive de substance diverses, je pars une semaine à Londres. Là-bas, je vais voir les 120 jours de Sodome dans un théâtre alternatif, et je ne suis pas déçu du voyage, par contre, vaguement choqué. Voir du Marquis de Sade en live, c'est pas commun et la mise en scène avait bien veillé à ce que l'aspect provocateur de l'ouvrage d'Alphonse François Donatien soit bien clairement représenté sur scène. Les amateurs de la prose dudit divin marquis, ou du film de Pasolini, imagineront ce que j'ai eu à voir sur cette scène. Bien plus tard lors de la même soirée, je me retrouve dans les loges à boire un mauvais whisky avec la troupe, qui s'est entre temps rhabillée, et un membre me fait écouter les bandes pirates de Magic and Loss, qu'un de ses copains journaliste avait volé je ne sais où, l'album de Lou qui sortira l'année suivante. J'en ressors ébloui.


1992, février, Lou passe deux soirs à Lausanne pour jouer Magic and Loss. J'ai des billets pour 2 soirs, ma copine juste pour le premier. C'était la première copine avec laquelle j'avais dépassé le stade de l'année, le concert de ce fameux soir sera aussi la date de notre rupture. Lou, fidèle à son habitude est exécrable, il joue son nouvel album d'une traite et excédé par les spectateurs qui lui réclament "Sweet Jane" quitte la scène. On rentre en train, sans avoir de billets, on se fait attraper et on s'engueule, les billets de train, Lou Reed, 14 mois d'histoire commune, tout y passe et on se quitte là.

Le lendemain, Lou est de meilleure humeur et après un premier set durant lequel il nous ressort son dernier album, revient et nous gratifie d'une ribambelle de vieux titres, joués avec colère et hargne. De grands, de purs instants de pur bonheur.


Été, même année, festival de Leysin. Je suis avec deux amis dans la foule pour un concert annoncé résolument Rock, et qui le fut. Je roule quelques cigarettes "parfumées". Un type arrive qui connait un de mes deux amis, je lui propose aimablement de partager notre activité, qui si elle n'est pas légale est fort pratiquée dans le cadre ce genre d'événements. Il prend le truc tire dessus, puis disparaît. Ce n'est que plus tard qu'on le retrouvera, étendu à nos pieds en proie à une difficile introspection. Il m'avouera plus tard ne pas avoir osé refuser ma proposition, ayant eu peur de moi.


1993, un vieux rêve se réalise, voir le Velvet réuni en entier, sauf Nico qui s'en était déjà allé rejoindre un monde meilleur depuis quelques années, sur scène. Le prix à payer est cher, il me faudra revoir une fois de plus U2, qui, si je ne les aimais pas en 1987, me hérisse maintenant carrément le poil. Tant pis, le concert du Velvet touche au sublime, la symbiose entre John Cale et Lou Reed est intacte, le violon de John se mélange à la guitare de Lou dans de longues impros hypnotiques qui nous transportent loin, si loin. Une version lente de Venus in Furs fera date, on peut encore l'entendre dans l'album MCMXCIII, enregistré la même année à l'Olympia.


2003, Zurich, Lou Reed fait une tournée mondiale dont sortira un double album nommé Animal Serenade, petit clin d'oeil au fameux Rock'n'Roll Animal des années 70. Le clin d'oeil est justifié, le vieux crocodile du Rock est apaisé, pratique le Tai-Chi, aimable et nous sert des versions toujours plus torturées de ses titres, accompagné de l'étrange Antony à la si suave voix aux choeurs, le chanteur d'Antony and the Johnsons et d'une violoncelliste qui nous sert quelques impros déchirées, dont une qui sublime "Venus in furs" un titre déjà mentionné, inspiré du roman éponyme de Sacher-Masoch.


Été 2003, petit concert dans les arènes romaines d'Avenches, décevant, peut-être le plus mauvais que j'ai vu. Nina Hagen qui le remplacera sur la même scène laissera un meilleur souvenir.


2008, Lou fait une tournée consacrée à son album mythique Berlin. Cet album concept, enregistré en 1973 n'avait presque jamais été joué live. Le déplacement à Zurich ne fut pas du temps perdu. Lou a engagé un petit orchestre classique et un choeur d'enfant dont les voix pures, mêlés aux guitares dures, et aux violons contrastent sublimement avec les thèmes de l'album. "The Kids" en particulier qui raconte l'histoire d'une mère junckie à qui on a retiré ses enfants et qui se termine par un déluge de larmes et de choeurs touche au sublime. Sad Song également, qui débute par un choeur fait partie des titres qui élèvent le Rock'n'Roll à un niveau jamais atteint. Lou nous fait naviguer dans d'insoupçonnées hauteur avant de nous plaquer au sol, tutoyer les anges avant de nous laisser brutalement retomber d'un riff cruel dans la fange la plus nauséabonde.


Ce sera la dernière fois que je le verrai en concert, mais depuis cette folle nuit de débauche de 1989 durant laquelle un ami m'a donné le CD de Berlin, j'ai du écouter cet album bimensuellement et ses chansons ont continué de m'accompagner et continueront.


Octobre 2013, Cuzco, Pérou. Ma vie balance, oscille, vrille et j'ai envie de musique. Mon baladeur pomocustomisé ayant rendu l'âme dans l'avion qui me livrait sur ce continent nouveau pour moi, je suis en manque. Dans ce petit hôtel, le wifi est bon et grâce à YouTube, j'écoute Vanishing Act : "It must be nice to disapear, to have a vanishing act..."


Octobre 2013, Porto, Portugal, sur la route du retour, au bord de la plage je regarde le soleil se coucher en savourant un maté, oscillante, ma vie réclame encore de la musique. Vanishing Act encore une fois : "It must be nice to dis..."


À ce moment, mon frangin, qui partage une bonne partie de mes goûts musicaux m'envoie un sms laconique : "Il semblerait que Lou Reed soit parti en tournée dans l'au-delà..."

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La Paz, sept heure du mat’

Par Epytafe - 21-10-2013 16:31:14 - 6 commentaires

Je finis mon thé, me reverse un maté, j’ai encore un peu de temps. Le maté soulage un peu ma légère gueule de bois, souvenir de la petite fiesta improvisée hier au soir, sur ce même toit où je me trouve. Petite fiesta improvisée, certes, mais quasi-quotidienne. Ce bouge de La Paz mène le bal tous les soirs ou presque. Une bande d’Argentins a investi les lieux, hier soir ils carburaient au Fernet-Coca, un mélange qui, outre son goût un peu dégueu, s’avère redoutable.

Je buvais un thé sur ce toit lorsque je me suis retrouvé entouré d’Argentins (ou plutôt d’Argentines, un ratio de 4 : 1) et tout naturellement inclus dans la fiesta, malgré les difficultés que j’ai à comprendre leur espagnol plutôt rocailleux. De plus, la plaza San-Francisco, toute proche abritait une immense teuf avec fanfares et concerts, le tout régulièrement couvert par les pétards et les feux d’artifices sans lesquels on ne conçoit pas une fête sur ce continent fou.

Sept heure dix, je vide une dernière gourde de maté, la nettoie et quitte définitivement le toit de l’hôtel. Cette ville va me manquer, j’y laisse un appareil de photo, deux objectifs, un ordinateur, un téléphone portable et plus de 300 dollars US qu’on m’a dérobé dans des conditions peu agréables. Mais malgré que je m’y sois fais volé à deux reprises, je laisse dans cette ville quantités d’amis, de bons moments, d’interminables discussions, de sentiments forts et partagés, bref, cette ville me manque déjà. Sept soirées passées sur le toit de cette ruine d’hôtel dont les conditions de conforts des plus précaires cachent à l’œil non-initié une réserve de chaleur humaine peu commune, sept soirés créent des liens.

Mon sac sur le dos, les clefs rendues, je sors. La gare routière est à 20 minutes à pied environ, peut-être un peu plus vu l’altitude et la pollution.

Dimanche matin, sept heure quinze. Les rues proches de l’hostel, habituellement animées sont désertes, boutiques de souvenirs, un luthier, et surtout les tiendas esotericas, boutiques de sorcières qui recèlent quantités de potions ainsi que des fœtus de lamas séchés censés porter chance si on en enterre sous chaque nouvelle construction, tiendas esotericas dont les vendeuses, coiffées du chapeau melon bolivien, jettent des regards peu amènes au gringo qui s’intéresse de trop près à leur commerce.

Désertes les rues ? Pas longtemps. Le premier virage passé me dévoile quatre cadavres plus ou moins entassés les uns sur les autres, un d'eux bouge encore et tend la main à la recherche de sa bouteille de coca qui doit probablement contenir  également d’autres ingrédients. Plus loin, c’est dantesque. Pommettes éclatés, dents cassés, bouches qui saignent, je crois même voir un œil crevé, fantômes titubant pour les moins amochés. Sur les bancs sont entassés d’autres fêtards ensanglantés qui, à voir leurs étreintes inconscientes, semblent s’être réconciliés. Le sol est jonché de brique de verre, de flaques aux couleurs indéfinissables mais dont la couleur laisse deviner le contenu, d’étrons aussi. La fête semble avoir été bonne, très bonne. Indifférents, une équipe d’ouvriers achève le démontage de la scène.

Le trafic est déjà infernal, les bus lâchent d’immenses trainées de gaz noires et denses qui envahissent toute la rue. Sept heure vingt, je viens de boire une bouteille d’eau et un demi-litre de maté, mais déjà ma bouche et mon nez sont secs. Sur l’étroit trottoir, de grosses boliviennes ouvrent leurs étals, d’un demi mètre carré chaque, sur lequel elles préparent des repas à emporter sur de minuscules réchauds à alcool, gaz ou à essence. Patates frites, abats grillés, bananes frites ou Francforts (une vague d’immigration allemande au milieu du XXème siècle à quelque peu modifié les habitudes alimentaires locales…)

A côté de ces étales, posés à même le sol, un carton fatigué dans lequel, emmitouflé dans un poncho sale, un bébé, le nez à ras les gaz des camions, tétant  goulument un biberon qui contient une boisson beaucoup trop sucrée qui finira invariablement par le rendre obèse, apprend seul à vivre pendant que sa mère se bat pour la pitance, trop sucrée du lendemain. Pendant que sa mère se bat pour des lendemains qui ne chanteront pas.

La Paz, bientôt sept heure trente, je regrette vraiment mon appareil de photo, et déjà, cette ville me manque.

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Conte de Noël

Par Epytafe - 24-12-2012 22:29:42 - 5 commentaires

Conte de Noël....


Les amateurs de musique gothique, d'habits noirs, d'ambiances dark ont peut-être eu la chance de fréquenter l'Intrepid Fox, un lieu parfait pour qui veut mélanger les ivresses, celle de l'alcool certes, mais celle de la musique également. De plus, tout porteur d'habits vantant les mérites d'une équipe de foot y était interdit. Une valeurs sûre! Ambiances lourdes, voies éthérées, influences pseudo-celtiques et snakebite, tout était réuni dans ce pub de Soho pour passer la meilleure des nuits. Le Snakebite, parlons-en du Snakebites! Censé rendre fou, il a en fait le même résultats que l'absinthe. Mélange de cidre et de bière, ça soûle et c'est tout! Mais ça reste un mélange légendaire, à tel point que la plupart des débits de boissons de la dite-perfide Albion refusent d'en servir.


Je passais donc une soirée à me défoncer l'entendement avec C. C. était jeune fille au paire à Londres, et un précédent week-end londonien nous avait permis de terminer la soirée par un rapprochement suisso-suisse bien peu propice aux échanges culturels.


La musique était belle, j'ai toujours aimé la musique gothique, même si je suis plus que dubitatif sur certaines excentricité du mouvement goth, même si l'absence totale d'intérêt que je porte aux contraintes vestimentaires me laisse quelque peu pantois. Les décibels nous portaient, la tension caractéristique pré-coïtale nous maintenait et l'alcool transmutait le tout en véritable élévation spirituelle. Mais un besoin urgent se fit sentir et ramena mon élévation spirituelle au niveau d'un urinoir de porcelaine. Je me rendis donc, seul, dans cet endroit sombre et puant propres aux débits de boissons d'outre-manche. L'endroit était bondé et je pris sagement ma place dans la file. Un type entre après moi, maigre, très maigre, de longs cehveux noirs, le visage maquillé de blanc sur lequel il a dessiné quelques croix inversées. De plus, il est en chaise roulante. Il se précipite sur le distributeur de préservatif avec quelques pièces d'une pound dans la main. L'appareil étant placé trop haut, il me demande de l'aide. J'introduis une pièce, la machine la rejette, une autre, elle est rejetée de même. Énervé, mon vampire en chaise roulante se lève et va se servir lui-même, me laissant quelque peu surpris par la scène...


Plus tard, C. et moi décidant qu'un changement de pub nous permettrait de flirter plus à notre aise, nous opérons un déplacement d'une petite centaine de yards et nous nous retrouvons dans un pub beaucoup plus calme, quelques quinquas isolés y cultivent leurs cuites et nous ignorent. Bien, c'est justement ce que nous souhaitions. Pourtant, les bribes de français que nous échangeons attirent un papy. Il se lève et, poliment, se joint à nous. Rapidement, le mec m'intrigue. Il prétend ne pas parler français mais laisse échapper une phrase sur l'ambivalence de la politique européenne pratiquée par le gouvernement suisse. Pas mal pour un non francophonisant...! 


La cloche qui sonne nous ramène à notre triste réalité, la loi de sa très gracieuse majesté the Queen ne nous permet plus qu'une dernière bière. Notre anglo-chaperon nous propose de nous inviter dans un club voisin dont il est membre. Je suis assez peu intéressé, mais C. semble avoir encore soif, et moi je suis galant... Notre voisin de table nous entraîne donc dans une ruelle sombre de Soho, il ouvre une porte et nous grimpons à sa suite quelques étages. Une ou deux portes plus tard, il nous ouvre la porte d'un incroyable loft. Mezzanine, vue plongeante sur Soho, les magnétophones entassés contre une paroi (on est en plein dans les 90's) éveillent un truc en moi, mais j'ai dépassé depuis longtemps le taux d'alcoolémie nécessaire à un reste de bon sens. 


Notre hôte nous sert un whisky énorme et branche une vidéo. Un film porno, un truc crade qui doit probablement outrepasser de loin les lois anglaises, mais je n'entrerai pas plus dans les détails, je vous rappelle que c'est d'un conte de Noël dont il s'agit! Notre nouvel ami nous explique qu'il va s'absenter quelques minutes afin de pourvoir à nos besoins de nicotine et il s'en va. De plus en plus inquiet, je regarde la vue, goûte mon whisky et explique à C. que la situation commence à me déplaire. Elle est surprise, puis elle m'accuse de non-coolitude! Je plaide coupable et je lui explique que l'on ferait mieux de se tirer au plus vite. J'insiste, elle se braque. J'ultimatumise donc en lui expliquant que je vais me tirer, seul s'il faut. Elle me suit en maugréant et nous descendons les escaliers au pas de côurse avant de sortir dans la ruelle sombre. Au coin de la ruelle, nous croisons notre hôte qui revenait, probablement equipé de cigarettes, mais également accompagné de deux amis. Parano de notre part? Nous ne saurons jamais, mais le film gore qui continue à se diffuser pour les murs quatre étage plus haut me laisse pensif...


Ensuite ? On a pris le métro et on est rentré, chacun chez soi... Je n'ai jamais revu C., c'est fragile les amours adolescentes, à peine on croise un allumé que tout part en vrille.

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Kungsleden VIII

Par Epytafe - 17-02-2012 10:03:42 - 7 commentaires

1er septembre

 

Le réveil à Sitojaure est facile, avec 15 Finlandais qui arpentent les couloirs. Pendant le p’tit dèj’ une dame au parler totalement abscond pour le non finnophone que je suis vient me parler. Après pas mal de gestes, de sourires et de grimaces, je finis par comprendre que les incompréhensiblidiomophones ont décidés de marcher léger pour leurs derniers jours et qu’ils se débarrassent de leurs multiples sachets de menus complets lyophilisés. Je remercie la Dame en finnois (C’est le seul mot que j’avais réussi à apprendre lors d’un précédent séjour dans le Nord) et me marre en regardant les paquets. Pas un mot d’anglais ou d’allemand sur ces trucs. Du finnois, du lituanien, de l’estonien et du suédois. Les illustrations présentant des sportifs qui se régalent, je ne sais même pas ce qu’il y a dans ces paquets. J’émets l’hypothèse que les nombres entiers expriment le temps et les nombres à virgules le volume d’eau à ajouter. Mon voyage va devenir de plus en plus surprenant, toujours est-il que je partage avec mon teutophone compagnon de voyage quelques 8 kilos de nourriture variée et que, allergique à rien, je compte bien tout ruper, sans compter les substantielles économies réalisées. Si par hasard un de ces aimables retraités du nord passe par ici, je lui adresse mes remerciements les meilleurs.

 

Le programme du jour dépendra de la météo. J’ai toujours envie de gravir le Skierfe, mais je ne veux pas m’arrêter pour attendre une éventuelle éclaircie, je décide donc de reprendre un rythme plus soutenu, je veux aller jusqu’à Parte, à 37 kilomètres de Sitojaure, à moins que le Skierfe soit dégagé. Dans ce cas, je le gravis et je m’arrête au refuge au pied du rocher, mais j’ai de sérieux doute, le ciel est gris et la pluie n’est jamais loin. Mathias lui veut marcher 25 bornes, pas plus. Il tente de me persuader de faire pareil mais je sais que je continuerai. D’autant plus que le besoin de solitude revient vite et fort. Je veux être à Kvikkjok demain après-midi pour avoir le temps de m’organiser pour la suite. Après Kvikkjok, il n’y a plus rien, juste un balisage. Il me faudra camper et je ne pourrai compter que sur moi.

 

Je presse un peu Mathias qui aime prendre son temps et on démarre, tôt. On marche un kilomètres et on arrive vers un ponton ou nous attend le mari de la tenancière du refuge. Il nous mène de l’autre côté du lac contre quelques billets et on repart. On recommence le même programme, montée, rude aujourd’hui, plat et descente sur Akste. On contemple le début du sentier qui mène à Skierfe mais il disparaît rapidement dans la brume, dommage. Un rapide passage au refuge d’Akste et on repart. On repart ?

 






Le refuge d’Akste est tenu par un vénérable papy qui débroussaille les environ. En discutant, Mathias se rend rapidement compte que ce Monsieur est Allemand. Il lui pose la question et c’est le débordement. Cet homme né en Allemagne est en suède depuis 1946. Tout môme, il a suivit des parents qui fuyaient les ruines fumantes de l’après-guerre. Son père écrasé sous le poids d’une culpabilité sur laquelle notre interlocuteur ne s’étendra pas est venu se réfugié en Suède et a refait sa vie loin de tout, dans ce grand Nord sauvage. La culpabilité, c’est comme l’hémophilie, héréditaire. Notre homme donc, bien que venu en Suède tout môme est resté caché loin des hommes pour expier des fautes qu’il n’a pas commis. Il a toutefois fini par ce marier avec une fille du coin, mais sur le tard, il n’a pas d’enfants. En 1995, après 40 ans d’éloignement il est allé en Allemagne avec sa femme, 2 semaines en vacances, histoire de voir de prêt au moins une fois. On l’écoute causer, fasciné par la "petite histoire", puis, soudainement, il nous vend deux chocolats et nous souhaite bonne route, les vannes se sont refermées, Madame nous sourit et on repart, un peu plus lourd…


Akste est situé sur le delta de la Rapa, delta qu’il va nous falloir traverser. Quand on arrive au bord de l’eau, on voit trois suédois qui se gratte le crane en regardant une barque. Merde, on est du côté à une barque et le delta est large. De plus, il y a une immense collection de rames cassées à côté de la barque. On fouille et on finit par trouver une paire qui a l’air utilisable. On s’entasse à cinq dans la barque, 5 plus les sacs à dos, c’est lourd et l’eau n’est pas loin. Un type commence à ramer. C’est lourd, lent et laborieux. Après un kilomètre, une rame casse… Il en reste 3… Là, on est dans la merde… En s’y prenant doucement, on tente de pagayer avec l’autre rame, un coup à gauche, un à droite, un à gauche… C’est encore plus long, mais on finit par revenir à notre point de départ. Pendant que mes compagnons fouillent les alentours pour chercher une éventuelle autre rame, je remonte le delta, il m’a en effet semblé apercevoir un pécheur plus haut. Je tombe rapidement sur un autre papy, grincheux celui-là. Mais quand je lui dis qu’on est 5, il se montre intéressé par quelques billets. On s’installe dans le bateau, un couple arrive, on se sert et le papy est carrément souriant, 7 billets…

 

De l’autre côté, on se perd un peu avant de recommencer à monter. Après une heure, on s’arrête pour manger dans une petite forêt. Je vais chercher de l’eau à la rivière et je vois des empreintes d’élans. Je serai passé prêt de ce bulldozer à cornes, dommage, je n’en verrai pas. On continue à monter puis on longe une longue longue montagne. Pas de haut-plateau aujourd’hui mais une longue ballade à flanc de montagnes. On passe prêt d’une cabane, ouverte. Mathias décide de s’y arrêter et tente de me persuader de rester. Je refuse et on se quitte sur un léger malentendu. Mathias prend mon départ personnellement. Il n’a pas tout tort d’ailleurs, mais ce n’est pas après lui que j’en ai, j’ai juste besoin d’être seul. Dommage de se quitter de cette façon.

 

Le sentier se confond avec le ruisseau et je me casse la g… sur une pierre. Je tente d’accélérer un peu le pas, toutes ces rencontres du jour m’ont pas mal retardé. Je vois au loin un lac, dans la vallée, le refuge est encore loin. Je m’enfonce dans la forêt et je finis par allumer ma frontale, il est vraiment tard. Je croise quelques rennes au galop, terrorisés par ma frontale. Images de fugitive beauté qui me font sursauter à chaque fois.

 

Finalement, j’arrive au refuge de Parte, il fait presque totalement nuit. La cabane du gardien est éclairée, je toc et je suis, comme toujours, bien accueilli. Dans l’autre cabane, deux charmantes suédoises qui mangent une soupe, et moi. Les deux filles rigolent entre elles, je leur parle en anglais pour leur signifier que je ne comprends pas un mot de suédois et qu’elles peuvent délirer en paix et vais me coucher.

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Kungsleden VII

Par Epytafe - 09-02-2012 10:33:38 - 5 commentaires

31 août

 

3 ou 4 saunas, une énorme platée de renne, quelques bières locales plutôt bonnes, une très bonne nuit de sommeil (seul dans un minuscule dortoir, quel luxe !) et un petit dèj’ compris dans le prix un peu prohibitif du refuge de Saltaluokta. On cumule le tout et voilà un départ tardif, très tardif. Ce repos m’a fait du bien et je me décide à le prolonger encore un peu en visant Sitojaure, prochain refuge distant de 20 kilomètres seulement. Mathias continue avec moi, on quitte par contre Martin, qui termine ici son périple. Ce grand viking termine sa toute première rando. Ce prof de yoga en rupture avait décidé de célébrer ses 40 ans  en marchant après avoir quitté Stockholm et vendu son appartement. Les réseaux sociaux nous vendent la fausse promesse de "garder le contact" puis on se quitte.

 

Cette journée est magnifique et reposante. Le ciel est presque bleu et le haut-plateau du jour est plutôt une sorte de très vieille vallée, plate, nichée entre deux chaines de montagnes pelées. Ce paysage sauvage et perdu me rappelle les mythes nordiques lus quelques années auparavant, Odin et Thor avec son terrible marteau, Loki et quantité d’autres dieux. Soudainement, ces histoires me semblent totalement évidentes dans un tel environnement. Je pense aussi à Jérôme, le guitariste de Mumakil qui m’avait dit, peu avant le passage en l’an 2000, vouloir passer nouvel an en pleine forêt avec quelques amis à boire de la bière et à hurler des "mantras vikings".

 

La journée se passe tranquillement, Mathias et moi causant parfois, sans trop de barrières, avec ce relâchement que permet l’épreuve partagée, la solitude et l’assurance inconsciente de ne plus se revoir ensuite. Je ne peux pas m’empêcher de me mettre en scène pour un autoportrait des plus kitsch qui fait marrer mon compagnon de route.

 

 

Peu à peu, le ciel se couvre, les infos météos grappillées dans les refuges ne sont pas bonnes et je profite des derniers rayons du soleil pour me faire un thé en plein nulle part. J’en profite à fond, sachant que dans une heure je serai sous la pluie. Je m’attendais à une petite bruine mais c’est une grosse et longue averse qui nous tombe dessus. Alors on se renferme, pantalon de plastique, veste en goretex, capuchons, épaules rentrées silence imposé et on avance. La lumière est magnifique, ciel noir, sol vert très foncé et bande de lumière à l’horizon. Thor et son marteau n’est jamais très loin par ici. Je tente de rendre le truc avec mon Ixus, mais le résultat est assez moyen.

 

Finalement le refuge, à côté d’un lac. La lumière est toujours magique. On est accueilli par l’épouse du gardien, petite femme super énergique à l’ironie féroce et un peu salace. Ça surprend un peu après une journée de grands espaces. Alors qu’elle nous guide jusqu’au refuge, je vois d’un œil son mari qui prends son bain dans le lac et s’y lave… La pluie m’a refroidi, ce soir ma toilette sera sommaire vu que le refuge est dépourvu de sauna.

 

La cabane est remplie de Finlandais, accompagnés d’un guide suédois, qui reviennent d’une ascension du Skierfe. Ce rocher abrupt marque l’entrée de la Vallée de Rapa, un des points d’entrée du parc national du Sarek, immense amalgame de glaciers et de montagnes. Grimper le Skierfe, c’est avoir un point de vue sur cette fameuse Vallée. Elle est réputée en Suède car c’est là qu’on trouve les plus gros élans. Elle est également sacrée pour les Samis et c’est un des rares endroits du pays interdit au camping sauvage. Grimper le Skierfe, c’est l’occasion d’admirer le sublime delta de la rivière Rapa. D’un autre côté, le sommet est très souvent dans les nuages et je me vois mal passer 3 jours dans un refuge pour attendre une éventuelle occasion d’une ascension d’une demi-journée. J’hésite et je ne me déciderai qu’au pied de la montagne, demain.

 

Mes compagnons de refuge ne semblent pas tellement habitués à la marche, ils ont des tonnes de nourritures dans leurs sacs alors qu’ils terminent leur marche le lendemain. Un type a même apporté ses bières, il picole tout seul, est un peu bourré et vient me provoquer en m’affirmant tout fier que lui, lui il boit de la bière. Je ne relève pas mais l’ambiance dans ce refuge est bizarre. Je finis tout de même par m’énerver un peu quand le type balance sa boite de bibine écrasée par la fenêtre. Je lui explique que c’est un con, il se relève et va chercher sa boite mais l’ambiance est lourde et je me demande quelques instants si je vais devoir me coltiner tout le groupe. Mais je verrai le lendemain matin que mon geste a été plutôt apprécié.

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Kungsleden VI

Par Epytafe - 02-02-2012 00:15:09 - 8 commentaires

30 août 

Le refuge de Teusajaure était assez plein durant la nuit. J’ai mal dormi, la fenêtre que j’avais ouverte a été refermée par un de mes compagnons de chambrée qui ne supportait pas le très long crépuscule qu’est la nuit en ces latitudes. J’allume donc ma frontale et lit une bonne partie de la nuit. La veille le papy qui tient le refuge nous a proposé de nous emmener en bateau à moteur de l’autre côté du lac moyennant quelques couronnes. J’ai accepté en me disant que j’aurai bien assez l’occasion de ramer plus tard, d’autant plus que le lac est large, plusieurs kilomètres et que j’ai repéré que nous sommes du côté à 1 bateau, ce qui signifie qu’il faudrait traverser 3 fois le lac.   

 

On se serre donc, 4 sur une barque équipée d’un moteur surpuissant. La sensation de vitesse est grisante et le bruit du moteur un peu énervant. En quelques minutes nous sommes de l’autre côté, prêt à partir. Parmi les occupants de cette barque, Mari, une suédoise qui s’éloigne ostensiblement en nous souhaitant une bonne journée. Mathias, un allemand de Freiburg de 35 ans et Martin, qui vient de fêter ses 40 ans sur le sommet du Knebekaise. J’apprécie de marcher en leur compagnie malgré mon gout pour la solitude. Il faut dire que la partie Nord du Kungsleden se termine bientôt et qu’après, il y a des fortes chances pour que je sois seul, très seul. 

 

 

 

Le programme de la journée est cool, 16 kilomètres jusqu’à Vakkotavare, puis, attendre le bus, 35 kilomètres jusqu’à Kebnats et un ferry jusqu’à Saltoluokta. C’est donc presque une journée de repos, bienvenue par ailleurs, qui m’attend. L’habituelle montée-haut-plateau-descente se passe dans une espèce de douce harmonie. Mes compagnons de voyages sont sympathiques et intéressants, il fait suffisamment chaud et beau (oui, c’est une contrepèterie belge) pour pouvoir marcher en T-shirt et on se paie le luxe d’une longue pause dans les herbettes, près d’une rivière qui me fournit l’eau nécessaire à quelques thés. 

 

 

 

On sent qu’on se rapproche du monde moderne, on va devoir monter dans un autocar et l’idée ne réjouit personne. J’allume mon portable et je reçois quantité de sms en attente depuis 6 jours. Lors de ce long farniente, j’apprends après tout le monde par l’ami Shunga que Jihem a bouclé l’UTMB. Je lui tire mentalement mon chapeau et fête l’événement avec une longue gorgée d’Assam vert (de culture biologique parait-il). 

 

On entame une rude descente et on voit les premières lignes à haute-tensions, puis plus tard, la route. Le bruit de voiture ne nous dérange pas, il n’y a presque pas de circulation sur cette route. Le refuge de Vakkatore nous accueille, on fait le plein de saucissons suédois et de cookies divers puis on s’installe sur la terrasse. 4 marcheurs sont là et ils comparent leurs matos. Ils sont tous équipés de téléphones satellites, et ils marchent ensemble. Je me retiens de sourire, ils perdent à mon avis une bonne partie de la joie pure de la solitude. Tant pis pour eux. 

 

 

 

 

 

L’autocar finit par arriver, on monte et on se tape 35 kilomètres avec 30 minutes de pause en plein milieu de course, le rythme lent perdure, cool. J’en profite pour boire un café, le goût du p’tit noir me manquait un peu. Puis un bac et on arrive à Saltoluokta, sorte de camp scout retranché. Une dizaine de baraquements, un resto, une boutique et un immense sauna vitré avec vue sur le lac, un vrai délice. Depuis le sauna, j’aurai d’ailleurs le plaisir d’observer un papy qui se cache dans les bosquets de bouleau et qui regarde sur ma gauche. Je suppose (je vérifierai en sortant) que sur ma gauche se situe le sauna des femmes, la légendaire indifférence nordique en prend un coup. Ensuite, resto avec Martin le suédois, je goute du renne pour la deuxième fois et j’apprécie autant cette bestiole sur pattes qu’émincée. 

 

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Conte de Noël

Par Epytafe - 24-12-2011 23:22:15 - 6 commentaires

J’ai jamais tellement aimé le catéchisme… Pas que je sois contre un minimum de culture religieuse, au contraire celle-ci est une absolue nécessité pour aborder la culture, européenne tout au moins, et il en va de même pour la géopolitique… Mais ce qu’on a tenté de m’inculquer durant le cathé, c’est plutôt une optique de vie qu’une culture, et ça, j’aimais pas des masses… Mais, en cette nuit de Noël, mon but n’est pas de lancer une polémique(Victor) de plus, alors passons là.

Une bonne chose que m’a apporté le cathé, c’est un voyage d’une semaine dans le Shropshire, UK. Ce comté du Nord de l’Angleterre a abrité la révolution industrielle, révolution durant laquelle un type né dans mon bled a fini tout là-haut comme pasteur-ouvrier. Et c’est pour célébrer le tri (ou bi ?)centenaire de ce héros, passé et oublié de tous que la perfide Albion a officiellement invité 10 p’tits Suisses a aller visiter mines et fonderies.

Outre le fait de me permettre de visiter quelques bleds où strictement personne de censé n’irait en vacances (pour vous dire, je dormais dans une famille à Madeley, où a grandi ce brave Lemmy, mais là, je dis verge). Donc, en plus de l’indéniable exotisme il y avait un autre avantage à ce voyage. Par soucis de conformisme et d’éloignement à la doctrine de Bossuet (c’est lui qui affirmait que la femme est le produit d’un os surnuméraire), les pastoraux organisateurs avaient décidés de diviser les 10 petits Suisses en 5 représentants de chaque sexe recouvrant ainsi l’aspect culturello-religieux de ce périple par une épaisse couche de saine et féroce concurrence hormonale.

Un soir où l’on trainait dans les rues de Madeley, l’un de nous eut une excellente idée : Pourquoi ne pas aller jouer au mouchoir dans le cimetière tout proche ? Ce magnifique plan présentait 2 sérieux avantages : Les filles auraient forcément peur et on pourrait les rassurer et le mouchoir est un jeu qui peut vite s’avérer intéressant pour peu qu’on laisse nos mains s’égarer et s'aventurer.

Le jeu battait son plein lorsqu’une voiture est arrivée. 3 types en rangers, bombers vertes et cranes rasés en sont sortis. Ils portaient des battes de base-ball et ils ont débuté un étrange ballet qui consistait à lancer sa batte en direction de son voisin de droite, lequel se devait de la récupérer d’un coup de boule, une manière de s’endurcir tout en se décérébrant encore un peu plus ?

Peu à peu, notre partie de mouchoir a ralenti, fascinés que nous étions par le jeu de nos voisins de cimetière.  Evidemment, on trouvait ça un peu con, mais il nous a fallut quelques minutes pour oser rigoler ouvertement. Et tout s’est accéléré. Les trois skins ont chacun récupéré leur batte et se sont mis à courir dans notre direction. Nous nous sommes tous levés et dispersés dans ce qui fut probablement le plus rapide sprint de notre vie…. Les cranes rasés n’ont rattrapé ni blessé personne.   

 

Sauf le plus important : notre orgueil de mâles. 

 

Nos copines se sont foutus de nous durant des mois….. 

 

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Kungsleden V

Par Epytafe - 12-10-2011 23:36:32 - 7 commentaires

29 août

 (Peu d'image aujourd'hui, la raison en est assez simple. Mon APN n'est pas étanche... Par contre, le billet précédent, Kungsleden IV a enfin été équipé en images.)

Un bruit lancinant agite mon sommeil, la pluie est là. Cette fois je vais être bon pour tester les fameuses intempéries laponnes. Lorsque que je me lève et me prépare, personne ne bouge dans le refuge pourtant plein. Je dois être le seul taré à vouloir me mesurer à la pluie. Finalement, un Allemand rencontré la veille me devance, mais il doit partir lui, ses amis l’attendent pour gravir le Knebekaise. Je p’tit-déjeune en solitaire, emballe mes affaires et part, encore seul. Pour 20 mètres. La pluie est vraiment forte, je m’arrête, m’emballe dans une goretex, emballe mon sac et je repars. Le parcours jusqu’à Singi est relativement plat pour autant que je m’en souvienne. Serré dans ma goretex, caché sous mon capuchon qui me masque la vue, je regarde essentiellement mes pompes pour éviter de me vautrer, surtout en traversant les rivières, ponts ou gués, tout glisse.

 

 

Grosse étape aujourd’hui, j’ai prévu de passer le refuge de Singi et de Kaitumjaure pour aller dormir à Teusajaure. La raison en est simple, Tesajaure est au bord d’un lac qu’il va falloir traverser, soit en bateau à moteur soit à la rame. Dans les deux cas, il va falloir composer avec d’autres marcheurs et je suppose que c’est plus simple de me retrouver sur place au petit matin. C’est à ce moment que j’aurai le plus de chance de trouver plusieurs marcheurs, soit pour partager quelques kilomètres de rames soit pour partager les frais d’un bateau à moteur. Dans tous les cas, je me retrouve avec une étape de 14 kilomètres, une de 13 et une de 9.

Je marche aussi rapidement que je peux, concentré à économiser mon énergie. Je ne crains pas la distance mais je ne connais pas encore très bien ce pays et je tiens à économiser ma chaleur. Je suis tellement concentré qu’après 1h30 de marche, je constate que j’ai laissé mon surpantalon étanche dans mon sac et que je suis donc trempé et je commence justement à éprouver ce que je craignais, un certain froid… Une minuscule cabane me sert de vestiaire, ou plutôt le minuscule avant-toit de la minuscule cabane fermée. Je me plaque contre la porte, me déshabille et enfile un collant en mérinos avant de remettre mon pantalon trempé et de le couvrir d’un surpantalon étanche. J’en profite pour me faire un thé et quelques biscuits avant de repartir, réchauffé et ragaillardit.

J’arrive assez rapidement à Singi, et c’est un village fantôme que je traverse. Ça me rappelle quelques bouquins et films qui se passent dans des coins perdus des USA. Je vois des visages à travers les fenêtres, qui me regardent mais personne ne me salue. J’ai beau savoir que tous restent au sec et que la pluie est la seule raison de cette attitude mais vu de mon côté, l’ambiance est bizarre. Je traverse ce décor de mauvais film et repars immédiatement.

Une vallée, une rivière en bas de la vallée et le sentier, plus haut qui longe la rivière, la pluie se calme un peu et je peux profiter du paysage dont la fausse monotonie me ravit. Je suis toujours totalement seul et j’en viens à me demander si je suis un super-héros ou si le suédois moyen est particulièrement hydrophobe ?

La faim qui me tenaille depuis un moment finit par me décider de ne plus m’inquiéter de la pluie. Je me pose sur un rocher et me bricole rapidement un aligot. Ben c’est pas très bon… Un sachet déshydraté, je rajoute un peu d’eau bouillante et attend 5 minutes comme indiqué. Mais même si c’est pas bon, c’est chaud et nourrissant et j’apprécie assez le truc finalement.

 

 

Un thé et je repars.

Après quelques autres kilomètres passés à longer la rivière, le sentier finit par la traverser via un pont suspendu en câbles avant de franchir une ou deux collines. La pluie s’est arrêtée et quelques rayons percent les nuages. En même temps, j’entre dans une forêt de bouleaux. La lumière est magique et je me retrouve en pleine féerie. J’espère à nouveau croiser un élan. Ces anachorètes me fascinent et je tiens à en voir un sur pattes. Imaginez, 6 à 700 kilos de muscles, une grosse barre de cornes et une vitesse de croisière de 55 km/h. Une recherche antérieure sur wikipedia m’a appris que le Tsar en avait interdit le dressage pour la simple raison que les chevaux, qui équipaient la police, n’arrivaient pas a les rattraper, les élans et surtout les bandes de brigands qui les montaient. J’en viens à mythifer cette rencontre, j’espère un face à face, je veux rencontrer le grand élan comme un vieux sage solitaire. Mais malheureusement ce n’est pas encore aujourd’hui que je croiserai le vieux sage. Pour tout vous dire, en terme d’élans, les seuls que je croiserai lors de ce voyage seront sous forme de saucissons en vente au free-shop de l’aéroport. Dommage.

Malgré ce besoin aigue de tutoyer le grand élan qui me ronge douloureusement, je continue à me balader dans une sorte de transe, tant je patauge dans cet eden polaire. Faut dire que le menu est élaboré. Je suis dans une forêt clairsemée, de bouleaux. Le sol est recouvert de 10 bons centimètres de mini arbustes, arbustes qui lui confèrent une incroyable souplesse. De plus, ces nordiques végétaux utilisent toutes leurs forces pour tendre à bout de branches des baies, outrageusement colorées et appétissantes. Une rasta blonde rencontrée la veille qui en est à son troisième kungsleden m’a affirmé qu’elles sont toutes comestibles et je ne me régale, inconscient ou confiant que je suis en la disciple de Saint-Bob.

J’arrive finalement à la deuxième étape du jour, Kaitumjaure. Je m’arrête quelques instants afin de me ravitailler à la butik et repars rapidement pour les 9 derniers kilomètres. L’endroit est accueillant et j’y croise quelques sympathiques marcheurs qui auraient vite fait de me détourner de mon but. Une fois équipé en saucisses, chocolat et boites de thon, je repars donc, longe une rivière, la traverse via un pont, traverse une barrière destinée à endiguer les troupeaux de rennes et me tape un méga coup de barre à un petit kilomètres de Kaitumjaure…

Je mobilise mes énergies, me concentre, rappelles-toi Epy, tu as connu le mur, tu as connu l’atroce nuit Steenwerckoisiennes (morne plaine). Rappelles-toi que tout le 59 se livrait à d’atroces libations éthylisées alors que tu courais dans la noire nuit ! Mon mental prend donc péniblement le dessus et je repars. Je décide de m’accorder une pause au bout d’une heure et croque quelques cookies chocolatés. La fin du parcours est difficile, montée, haut plateau, et descente. La pluie qui revient en force rend la descente difficile et un peu dangereuse. J’évite de me vautrer vu que le réseau gsm n’est ici qu’un fantasme pour amateurs boutonneux de SF.

 

 

Le refuge est tenu par un papy qui m’explique le règlement local. Il me montre, ô délice nordistes, la cabane à sauna avant de m’engueuler parce que je m’y rends. Finalement, je comprends qu’il veut encaisser le prix de la nuit à 20h00 pile….

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Kungsleden IV

Par Epytafe - 15-09-2011 17:06:31 - 10 commentaires

28 août 

 

 

Les jours commencent enfin à se ressembler doucement, je commence doucement à rentrer dans le rythme quotidien de la marche, exit internet, ordis, téléphones portables. Il y a très longtemps, exactement trois matin, juste avant de franchir le portail d’entrée du Kungsleden, j’ai attendu au bord de la route pour laisser passer une voiture, depuis je n’ai pas entendu de moteurs. Doucement, mon quotidien se transforme pour quelques délicieux jours, il s’accorde dans son entier au rythme de mes pas, sublime dépaysement. 

Je suis à nouveau le premier à partir, je laisse à Vistas le seul français rencontré sur le Kungsleden, Johnathan, émigré de cœur en Suède. Il faut dire que la littérature concernant le Kungsleden n’existe pas en français. A part un ou deux ouvrages en allemand et un seul et unique en anglais, il faut apprendre le suédois ou improviser. Mais la rareté des rencontres n’empêche pas les renseignements de circuler, la preuve, je suis déjà en train d’explorer une vallée parallèle à la route initialement prévue.

 

 

 

Je traverse un pont qui enjambe la fougueuse rivière qui m’a bercé et débute une rude montée. Aujourd’hui, je vais passer un col et longer un lac qui flirte avec les 1200 mètres d’altitude. Ce sera ma plus haute journée, ce qui me permettra d’arpenter des paysages que je pourrais qualifier de lunaires pour autant que la lune soit pourvue de tonnes et de tonnes d’eau. Je longe un torrent déchainé pendant une dizaine de kilomètres, il est déchaîné et je passe de nombreuses cascades magnifiques, encore une fois, je suis absolument seul, enivré de beauté et d’un fugace mais puissant sentiment de liberté. 

 

 

La pente se fait peu à peu moins rude et les précipitations de la nuit sont encore bien présentes, le sentier est inondé et je patauge dans la boue, Mais je ne veux marcher à côté de la trace, je ne veux pas, de peur de l’abimer, marcher dans cette espèce de végétation polaire, extrêmement variée pour peu que je me penche pour l’examiner. Les fleurs s’élèvent fièrement de 3 bons centimètres au dessus du sol au milieu de mousses et d’arbustes qui ne m’arrivent pas à la cheville. 

 

 

La végétation se fait de plus en plus rare, laissant la place à des pierriers Après 10 kilomètres, le refuge de Nallo apparait sur ma gauche, le décor est grandiose, une large rivière nous sépare et j’ai beau m’arracher les yeux, je ne vois pas de pont. Une pancarte m’avertit que si je continue tout droit, je vais aller à VAD. Non seulement je ne vais pas à VAD mais à Salka et en plus je dois emprunter la vallée sur la gauche. Mais devant les 20 mètres d’eau tourbillonnante qui me séparent du refuge de Nallo, je me dirige en direction de Vad, espérant trouver un sentier ou tout au moins une explication. 

 

 

Après 500 mètres, une nouvelle pancarte m’indique que Vad est sur ma gauche, dans la rivière et c’est là que j’ai un éclair de génie, Vad signifie tout simplement gué en idiome local… La rivière est beaucoup plus large à cet endroit, 40 bons mètres, donc elle est nécessairement moins profonde. Et c’est heureux comme un gamin que je sautille de pierre en pierre, cherchant ma route, revenant sur mes pas, il me faudra bien 20 minutes pour passer et je rigole comme un fou. Devant le refuge, ce qui ressemble à un être humain me regarde passer. La première rivière passée, je dois encore traverser la deuxième, le refuge de Nallo est en effet construit juste à la jonction de deux rivières et le cirque gué recommence pour mon plus grand plaisir. 

 

 

J’arrive devant le refuge et un vieux bonhomme sec et droit me salue et me demande si je compte passer la nuit dans sa cabane. Je décline gentiment et il soupire, le refuge de Nallo est situé sur un sentier très peu fréquenté et entre deux refuges éloignés de 10 kilomètres chacun, le gardien s’emmerde donc la moindre… Je profite pour lui demander mon chemin et il m’accompagnera sur un kilomètre pour me mettre sur la bonne voie. Ensuite il me dit de suivre la rivière en la gardant à ma gauche et de faire pareil avec le lac alors que le sentier passe à droite dudit lac. Je ne saurai jamais si c’est de l’humour suédois… Parce j’ai suivi son conseil et j'ai beaucoup beaucoup pataugé…. 

 

 

Je quitte donc le comique troupier et continue à grimper un moment dans ce qui ressemble de plus en plus à une lune humide. 100 mètres en dessous du sentier le torrent hurle, parfois quelques rennes s’enfuient en m’apercevant. Ces palmipèdes sont terriblement craintifs, et c’est uniquement par très gros brouillard que j’arriverai à les approcher. 

 

J’arrive au lac, un sublime et pur miroir de montagne, 2 kilomètres de long environ pour 500 mètres de larges. Je le garde donc à ma gauche comme me l’a conseillé le papy. Le terrain est un pierrier, un très vieux pierrier couvert d’une espèce de mousse noirâtre. Dessous, dessus ruisselle des quantités énormes d’eau. Comme je suis le seul et unique couillon à passer par là depuis au minimum 2 siècles, la mousse à tout envahi, elle est glissante et elle cache les trous du pierrier, il faut donc poser le pied avec précaution car il est impossible de savoir si il y a quelque chose sous la mousse et je me tord régulièrement les chevilles quand je ne me casse pas la figure en glissant. Je suis un peu énervé, d’autant plus que comme partout dans le grand nord je n’ai pas de réseau natel (faut bien que je place un helvétisme parfois). Donc, en cas d’accident je serais vraiment dans la mouise… 

 

J’avoue ne pas bien comprendre le comportement du papy rigolo, mais je ne suis pas passé de l’autre côté, peut-être était-ce vraiment pire ? J’ai toutefois entraperçu deux bipèdes qui longeaient le lac de l’autre côté et leur démarche avait l’air bien moins emprunté que la mienne… Bref, je ne saurai pas mais j’ai de la peine à imaginer ce paisible grand-père me jouer un tour de cochon…. 

 

Une fois passé le lac, je cherche me retrouve sur un plateau entouré de montagnes, toujours en train de patauger sur cette mousse noire. Je cherche un moment avant de retrouver le sentier, mais finalement un cairn me permet de me réorienter. Une autre traversée de rivière agitée me procure un petit coup de stress. Plus loin, je croise deux extra-terrestres… Deux très très vieux suèdois (entre 70 et 80 à vue de nez) équipés de sacs à dos style 70’s, tu te rappelles ? Ces sacs à dos avec l’armature en alu que tu pouvais rabattre pour le transformer en fauteuil ? Sur chacun de ces sacs pleins à craquer sont attachées sacs de couchages, matelas et tentes. Des tasses de fer blanc pendent également de ces amoncellements anthropoportés. Je discute quelques minutes avec le couple et je les préviens qu’il y a un gué difficile. La Dame offusquée m’explique gentiment qu’elle parcourt ces plateaux depuis l’époque préhistorique et qu’elle connait donc le terrain. Nous nous quittons sur un grand sourire.

Peu après, je vois le refuge, tout en bas d’une autre vallée. Refuge que j’atteins après une petite heure de plongée vertigineuse…. Là bas, un autre sauna également posé à côté de la rivière tout aussi glacée. Le refuge de Salka est constitué de 4 petits chalets, dans un, 6 ou 7 ados en camps de vacances. Et je rigole tout haut de voir les 6 ou 7 ados planqués et alignés pour aller regarder la rivière lorsque le sauna est réservé aux dames….   

 

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