KikouBlog de Epytafe - Mars 2011
Epytafe

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Archives Mars 2011

Osaka J + 15

Par Epytafe - 28-03-2011 03:35:52 - 8 commentaires

C. c’est un p’tit gars un peu rondouillard, un peu petit aussi, c’est le genre de p’tit gars qui n’a pas le meilleur jeu en main quand il commence dans une nouvelle école, un nouveau job ou un club. C. moi je l’aime bien, il est bosseur, il veut s’en sortir et il ménage pas sa peine. Je crois que C. m’aime bien aussi, même s’il me trouve bizarre, imaginez : Un mec qui mange des sushis une fois par jour alors qu’on trouve des Mac-do au Japon. Un mec qui va courir le long de l’océan alors qu’on vient de bosser 8 heures dehors sous ce p****n de vent glacial au lieu de se poser dans sa chambre devant la TV, TV qu’il n’a d’ailleurs par encore allumé…

 

Bref, même si on a pas grand-chose en commun, C. et moi on s’entend bien. Je maitrise pas trop mal mon taf’, C. a plus de mal, mais j’ai presque 15 ans d’expérience en plus, c’est normal, et comme C. a un futur à assurer dans un pays qui n’aime rien d’autre que les winners, je profite pour lui montrer et lui apprendre tout ce que je peux et ça se passe vraiment bien.

 

C. il est né à Porto-Rico, il y a 22 ans, puis gamin, ses parents l’ont trimballé en Floride, le rêve américain n’en a toujours pas fini de nous bluffer. Il vit donc en Floride, il bosse dans un aéroport miteux, à temps partiel, parce que sa boîte, comme tant d’autres là-bas, n’engage que 4 ou 5 employés fixes, les autres sont sur appel. Des centaines de types suspendus à leurs portables dans l’attente d’éventuelles heures de travail. Et ça paye pas lourd, 11 $ de l’heure, avec une moyenne de 15h par semaine, la vie est pas simple pour C. D’accord, son loyer n’est pas élevé, mais il habite très loin de son lieu de travail. C. a 2 enfants aussi, de deux mères différentes, malgré ses 22 ans.

 

Pour pouvoir payer son loyer, C. habite donc loin de son job, et loin aussi de la rutilance. C. a quelques pétards, dont un toujours dans sa voiture. Ce n’est pas que son bled soit dangereux non, mais il y a tout de même plusieurs dizaines de meurtres chaque année. Les pétards, il aime pas trop ça et il est pas sûr de savoir s’en servir, mais comment vivre sans là-bas ?

 

Quand on lui a demandé s’il voulait partir au Japon bosser, C. a dit oui, tout de suite, délaissant femmes et enfants. Il y a uniquement vu une belle opportunité de faire des heures, 11$ c’est pas des masses, mais multipliés par des tonnes d’heures… Parce que le Japon, c'était pas un rêve pour lui. Mais il y fait des heures, et le Suisse lui file tous ses notes de frais. Il a de la chance le Suisse, il n’en a pas besoin. C. lui, il dira qu’il a beaucoup mangé et que les assiettes au Japon, sont minuscules.

 

C. aime bien le Japon, il en a un peu peur, on s’y perd vite et facilement, mais l’incroyable respect de l’autre pratiqué ici, la sécurité qui en découle le fascine. Ici, quand on oublie son appareil de photo, on peut revenir 4 heures plus tard, il a pas bougé. Ici, la sécu nous fait une courbette avant de nous contrôler quand on va bosser. Ici, si on aime pas se faire contrôler, on peut passer à côté de la sécu, par une autre porte, mais ça ne viendrait à l’idée à personne ici. Ici, ne serait-ce ces horribles histoires de nuages radioactifs, on atteindrait un état de zenitude absolu. Dailleurs, on en est proche, malgré le nuage.

 

Mais, les réflexes ont la vie dure. Quand on est conditionné par la violence et par la peur, on ne s’en sort pas si facilement. Un jour, il y a de ça environ une semaine, C. est allé se balader à Osaka. Il voulait voir l’aquarium, je lui ai fait un plan de route et il est parti affronter les idéogrammes. Dans le métro, un petit garçon de 6 ou 7 ans a été fasciné par C. par son air étranger qui détonne quelque peu du japonais moyen. Le petit garçon a compris que C. est sympa, il a voulu parler avec, mieux le voir. Il l’a donc tiré par son jeans, plus précisément par la poche de son jeans, celle de derrière, celle où C, range son argent. Croyant a une agression, C. a réagi, par reflexe, le coude est parti tout seul, avant que C. ne puis voir le petit garçon. il a assommé le p’tit gars avec son coude. Sa mère n’a rien voulu entendre, pas possible de s’excuser, pas possible de prendre son numéro de portable ou son adresse, histoire de prendre des nouvelles. Elle a réanimé son p’tit gars devant C. horrifié et elle est partie, humble, triste et fière.

 

Depuis, C., il dort plus tellement bien au Japon.

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Osaka J + 2

Par Epytafe - 15-03-2011 15:25:25 - 8 commentaires

2ème jour à Osaka, à Rinku town pour être plus précis, Rinku Town est à Osaka ce que Gonesse est à Paris, un bled tout prêt de l’aéroport…

 

Sauf qu’ici, rien n’est ’’normal´´, un sentiment d’étrangeté joyeuse m’habite. Les codes sociaux sont suffisamment similaires pour être interprétables, du moins le supposé-je, et suffisamment différent pour que je me sente très décalé. Une bière par exemple, quoi de plus simple que d’aller boire une bière ? Ici, c’est une sorte de banlieue, il y a très peu de bars. Mais il y en a un au 26ème étage de la seule tour du coin, un panoramique, tellement panoramique que l’on peu admirer la grande roue du supermarché, éclairée la nuit, en restant debout devant la fenêtre, debout dans un lieu ou seuls les hommes se rendent et ou une forme de station statico-bipèdique est imposée.

 

Bref, cette fameuse bière. Le serveur vient prendre la commande et pour cela, il met un genou à terre, parce qu’il veut être plus bas que son honorable client qui lui est à moitié avachi dans un fauteuil, explosé par 8 heures de décalage horaire. C’est pas étrange ça ? Et encore, je ne vous raconte pas l’heure perdue dans la gare d’Osaka, perdue à errer pour trouver une sortie dans un immense dédale souterrain rempli d’incompréhensibles idéogrammes.

 

Pas loin d’ici, des réacteurs fusionnent joyeusement leurs atomes, depuis le temps qu’ils attendaient la brèche, sévèrement alignés dans un cœur, comme on le leur a ordonné. Puis, Notre belle planète a roté, un petit rot de rien du tout, qui ne lui aurait occasionné qu’une petite différence de 10 cm sur sa rotation annuelle, qu’ils disent à la radio, et les atomes ont profité pour se mettre à joyeusement partouzer.

 

Ici, les médias ne disent rien, voire pire. Là-bas les medias disent tout, voire le pire. Ici, on sait tout, tout et rien. Pas loin d’ici, des mecs vont au casse-pipe pour tenter d’arrêter la partouze, de remettre de l’ordre dans ce bordel amoral. Et moi je mange des sushis. Entre pas loin et ici, il y a quelques centaines de kilomètres, pas beaucoup en fait, quelques montagnes aussi. Tout cela parce que des mecs dans mon genre ont besoin d’énergie, de beaucoup d’énergie. Merde, c’est important d’avoir le dernier I-machin, le plus grand écran truc qu’il faut faire fonctionner, bref, tout ça c’est de ma faute ! Ou pas ! Tout ça c’est de la faute à d’horribles politiciens, véreux qui cèdent aux sirènes des lobbies du noyau, qui ont perdu tout réel pourvoir, le laissant entre les mains du dieu en forme de S barré ! Ou pas ! Tout ça, c’est de la faute à qui ?

 

Dangereux ou non ? Coupable, fautif, innocent ? Je ne sais rien de tout ça. Demain, je commence à bosser ici. Une nuit, c’est long quand on ne dort pas, ça tout au moins, j’en suis sûr.

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