Japonaisik Jour-D
Epytafe

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Japonaisik Jour-D

Par Epytafe - 03-06-2011 04:05:24 - 6 commentaires

Un truc marrant au Japon, c’est la quantité de sollicitations sonores auxquelles nous sommes constamment soumis. Ici, tout parle. Les escaliers roulants vous avertissent au minimum des dangers encourus à les emprunter quand ils ne vous racontent pas en prime les beautés du supermarché dans lequel vous êtes entrés. Les ascenseurs font de même, les voitures vous disent bonjour quand vous mettez le contact et si vous passez par erreur trop prêt d’une caisse automatique de parking, vous allez sursauter quand elle vous demandera d’un ton autoritaire d’enfiler votre ticket. Sans compter les voitures de police et les ambulances toutes munies de puissants haut-parleurs. J’ai eu la chance d’habiter trois mois juste à côté d’un hôpital et j’ai entendu toutes les nuits les classiques sirènes entrecoupées de bruyant et péremptoires, bien qu’incompréhensibles, propos.

 

En plus de ce déluge continuel d’information qui parfois atteint des sommets de mauvais goût, quelques jardins zen de temples Kyotoïtes diffusent des informations qui gâchent quelque peu la nature profonde du lieu, au Japon, la diffusion de musique est omniprésente et parfois assez difficilement supportable. Je vous rappelle, par exemple, que Richard Claydermann est autant célèbre qu’aimé dans ce pays.

 

Non seulement les supermarchés, extrêmement nombreux ici, mais les parkings, les gares, les trains, les aéroports et même les salles de consultations des hôpitaux diffusent cette pop acidulée et terriblement douçâtre en continu. En mars, on entendait partout une reprise, en français du malheureusement immortel tube de France Gall, poupée de cire, poupée de son. L’original est à la base un peu pénible, mais repris avec un déluge d’électronique sucrée c’est inaudible. Si vous voulez une démo, essayer de youtuber AKB48....

 

Il y a ici une dualité difficile à comprendre pour un étranger de passage. La fréquentation régulière de Nara et Kyoto, dont la sublime harmonie des temples, sanctuaires et jardins m’a tant ébloui, additionné au plaisir intense ressenti à chacun des repas pris ici, que ce soit un bœuf de Kobé dans un grand restaurant ou un plat de nouille dans un bouiboui donne une image, selon moi justifiée, d’une recherche permanente de perfection absolue qui atteint peut-être son apogée dans la cérémonie du thé, rituel pluri-centenaire codifié dans ses moindres détails. Et, pour peu qu’on ne soit pas sourd on ajoute là-dessus une soupe insipide et continuelle qui rend encore plus étrange ce pays pour le visiteur.

 

Parfois pourtant, tout s’inverse et, pour quelques secondes on peut toucher le sublime du doigt, atteindre un état de grâce, tutoyer les anges. Fin mars, je pars courir, tôt le matin. Le soleil est là, il illumine le bord de mer et je m’offre une belle sortie. En voulant rentrer, je me trompe d’escaliers et me retrouve sous l’échangeur autoroutier. Pensant trouver un passage, je continue au milieu de multiples piliers de béton, barrières et terrains vagues lorsque j’entends de la musique. Je reconnais les feuilles mortes, pour être plus précis, une impro jazzy sur le thème des feuilles mortes. Intrigué, je continue dans la direction de la musique et j’arrive près d’un type, en costard qui joue du saxo pour les détritus et les piliers de béton, totalement seul, à sept heures du matin. Je m’arrête pour profiter de la beauté de l’instant mais quand le type me voit, il manifeste un évident mécontentement et interrompt sa mélodie. Alors je repars chercher ma route. Je le réentendrai quelques minutes plus tard, de l’autre côté d’une barrière.

 

Visiter un magasin de kimono est assez instructif. Les prix totalement prohibitifs m’ont ôté toutes envies de me recycler en geishas, mais il y a une logique dans le kimono qui peut sembler étrange à un européen. En Europe, si on apprécie une forme de beauté, on l’expose. Au Japon, on la cache. Les kimonos les plus beaux le sont de l’intérieur, les plus belles pièces de tissus sont contre la peau et les plus quelconques sont exposées. On peut même voir dans certains musés des kimonos anciens avec des scènes brodées mais à l’intérieur de l’habit.

 

Je ne suis pas sûr que cette tendance nippone de cacher l’essentiel de l’habillement ait quelque chose à voir avec cette attitude de ne jouer de la musique que caché, mais j’ai eu plusieurs fois l’occasion de voir, ou plutôt d’entendre, au gré de mes sorties càp, des musiciens talentueux qui jouaient seul. Une nuit de pleine lune, un gars jouait de la trompette sur la plage, loin de tout et de tous, il jouait du jazz aussi.

 

Le plus surprenant était peut-être un jeune type qui, je l’ai vu à deux reprises, arrivait avec une petite camionnette, déchargeait une table, deux platines, une tables de mixage, quelques amplis, deux immense baffles et mixait une techno plutôt énergique un moment pour lui seul, et les mouettes... Il faisait un bruit énorme, déplacer sont matos seul représentait un boulot conséquent mais je n’ai jamais vu qui que ce soit écouter, ou danser sur sa musique.

 

Un jour, je suis allé à Sakaï, village perdu du Kansaï dans lequel est né Sen-no Rikyu LE maître du thé, celui qui a définitivement codifié la cérémonie du thé il y a quelques centaines d’année. A Sakaï on trouve deux ou trois énormes tertres funéraires, un parc, un pavillon de thé où se déroule deux fois par jour une cérémonie du thé publique et un parc où les jeunes jouent au baseball et les vieux au croquet, au mah-jong ou pratiquent la gymnastique. C’est dans ce parc que j’ai entendu Amélie Poulain, plus exactement la B.O. de ce film jouée avec perfection à l’accordéon par un tout vieux japonais, qui tournait le dos au parc et au monde, dégageant une tristesse infinie en jouant cette musique face à un bosquet, pour les buissons et pour lui…

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6 commentaires

Commentaire de Mustang posté le 03-06-2011 à 23:59:38

Etonnante carte postale! merci d'être le témoin de ces petits faits de la vie de tous les jours de l'autre côté du monde.

Commentaire de RogerRunner13 posté le 04-06-2011 à 19:58:41

Merci de nous faire découvrir cette culture japonaise si différente de la notre et en plus ces anecdotes sont racontées avec talent.

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 04-06-2011 à 22:47:15

Auparavant, la musique était réservée aux femmes et aux aveugles... il y a peut-être là une explication...

Merci pour ce petit tableau impressionniste. j'attends la suite avec impatience.

Commentaire de tounik posté le 06-06-2011 à 15:55:13

Merci pour ce petit descriptif de la vie japonaise.

Commentaire de shunga posté le 15-06-2011 à 21:01:12

Tu crois quand même pas que je vais essayer de poster un commentaire intéressant sur kikourou. Bien essayé !

Commentaire de shunga posté le 15-06-2011 à 21:03:53

Tu crois quand même pas que je vais essayer de poster un commentaire intéressant sur kikourou. Bien essayé !

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