Kungsleden II
Epytafe

Aucune participation prévue dans les 8 semaines à venir.

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Kungsleden II

Par Epytafe - 09-09-2011 15:19:41 - 7 commentaires

Abisko, 25 août,

 

 

Le train me dépose, fourbu. Abisko c’est le bout du monde, 23h30 de voyage prévus, mais je dépasse les 25h. Abisko c’est le bout du monde, une gare, un lac et trois baraques. Lancé en 1907 pour rentabiliser un peu plus la nouvelle North Iron Line, qui livre les minerais extraits à Kiruna au port de Narvik, tout en surfant sur l’engouement populaires pour la culture sámi, Abisko connaît un semblant de fréquentation surtout grâce aux allumés qui se lancent sur le Kungsleden. C’est aussi un point d’accès pour tenter l’ascension du Kebnekaise, le plus haut sommet de Suède (environ 2100 mètres, mais ça décroit). 2 à 4 jours de marche d’approche avant l’ascension puis un jour après pour rejoindre Nikkaluokta d’où un bus te ramène à une gare routière dans laquelle tu trouveras un bus susceptible de te ramener vers un semblant de civilisation, pas simple le Nord.

 

Une fois à Abisko, t’as le choix entre chercher un lit dans un des baraquements ou partir immédiatement pour Abiskojaure, première étape à 13 kilomètres. Je choisis l’option baraquement. Parce que je dois m’équiper en gaz et parce que je suis vanné par mes 25h de voyage.

 

Tous les baraquements le long du Kungsleden, et loin aux alentours également sont tenus par la STF, la fédération suédoise du tourisme, cette même fédération est également à la base de la création du Kungsleden, en 1874 si ma mémoire est bonne. Comme en Scandinavie tout passe par des cartes de membres, on me déleste de 290 SEK et me voilà estampillé membre actif. Comme chaque nuit coute 100 SEK plus chers aux non membres, le calcul est vite fait. De plus j’aurai à de nombreuses reprises l’occasion d’apprécier l’incroyable travail de cette fédération sur cette route. La partie nord du Kungsleden est en effet extrêmement bien entretenue, après ça se gâte un peu.

 

Je profite de mon passage dans la Butik du coin pour remplir mon sac de délices déshydratés tels que Chilli con Carne (qui sera du Nasi Goreng) et poulet au curry. Ça complètera agréablement l’aligot en poudre. Ensuite, un sauna et quelques heures de sommeil avant le grand départ.

 

26 août.

 

 

 

Après le traditionnel pesage de sac, me voilà parti. Un portail marque le début du Kungsleden, et j’arpente une forêt de bouleaux pendant une quinzaine de kilomètres, longeant un torrent furieux dont j’apprécie le chant. Après quelques kilomètres, un traileur me dépasse. Nous discutons 2 minutes et il me raconte qu’il va à Salka, soit à 60 kilomètres, sont équipement pèse 4 kilos, j’ai l’air fin moi avec mes 17 kilos (dont 2 litres d’eau…).

 

L’eau, c’est un truc qui ne cessera pas de me réjouir, il y en a partout, et il suffit de se baisser pour remplir sa gourde, sa poche à eau ou sa casserole. Un truc de fou, elle est totalement transparente et apparemment potable. Moi qui doit prévoir une boîte d’immodium dès que je me rends au Luxembourg, Je n’aurai pas le moindre problème avec ma si sensible tripaille.

 

Le chemin est relativement bien marqué, surtout sur les 5 premières étapes, les plus fréquentées, mais une carte n’est pas de trop car les sentiers sont relativement nombreux et on se perd vite.

 

Très vite, je foule ce qui est l’image même du Kungsleden aussitôt qu’on se prend à googliser ce nom barbare, un monotrace qui part à l’infini dans le grand désert du Nord, monotrace constitué de deux planches parallèles. Effectivement, la STF fait un travail de fou, dans cette partie nord, le moindre morceau de terre humide est couvert de deux planches qui permettent d’économiser nos souliers et accessoirement de protéger le biotope.

 

 

 

Après 13 bornes, j’arrive à Abiskojaure, le premier refuge est situé à côté d’un lac, c’est bucolique mais 3 heures de marche ne me suffisent pas, je me décide immédiatement à continuer jusqu’à l’étape suivante, Alesjaure à 22 kilomètres. Le sentier grimpe une vallée entre deux montagnes, je profite d’une rivière pour un arrêt macha, puis traverse un magnifique haut-plateau, au loin, un camp sámi qui a l’air désert. Après une dizaine de kilomètres, le sentier redescend et longe un lac. Un panneau propose aux marcheurs de les emmener au refuge sur les 5 derniers kilomètres, beaucoup acceptent, fatigués par les 30 bornes dans les pattes, pas moi je ne suis pas venu ici pour la plaisance, non mais !!!  Il commence à pleuvoir et je presse le pas. J’arrive au refuge d’Allesjaure 30 secondes avant le début des vraies festivités, ce jour là, je serai chanceux….

 

 

 

 

Le terme haut-plateau peut paraître quelque peu abusif pour qui s’intéresse un peu au Népal, Tibet ou autre Ethiopie. Mais au Nord du cercle polaire, plus rien ne pousse au-delà de 600 mètres d’altitude à part quelques herbettes. C’est donc presque le profile traditionnel d’une journée de marche sur le Kungsleden. Tu grimpes, vers 600 mètres d’altitude, tu sors de la forêt, puis vers 1000 mètres, tu traverses un haut-plateau avant de redescendre.

 

Le refuge est assez grand et bien aménagé. Comme dans 90% des refuges le long de cette voie, il n’y a pas d’électricité. L’éclairage se fait donc à la bougie ou parfois aux becs à gaz. L’ambiance devient vite très particulière, la pénombre due aux minuscules fenêtres éclairées par quelques bougies donne une teinte très particulière à ces refuges.

 

J’ai de la chance, il y a un sauna. Celui-ci est situé en dessous du refuge, une petite cabane en bois, 2 pièces. Dans la première, quelques sauts d’eau glacée puisée directement à la rivière que l’on voit sortir du glacier, à 500 mètres du refuge. Puis le sauna proprement dit, chauffé au feu de bois de boulot, la température n’y est pas très élevée, environ 70°. Les Suédois y restent plutôt longtemps, ils s’y rendent avec une ou deux bières et se relaxent en rigolant. Généralement, le sauna est réservé aux femmes pendant 90 minutes, ensuite aux hommes pendant le même laps de temps puis devient mixte.

 

 

 

Je me plie, curieux, aux traditions locales. Je reste donc 20 minutes dans le sauna à transpirer, puis sort sur la terrasse de la baraque, à poil, sous la pluie glaciale, il doit faire 5°… Ensuite, je retourne suer un moment avant de faire le grand saut. Plonger dans la rivière qui provient tout droit du glacier… L’effet est garanti, le froid coupe le souffle quelques secondes avant que le corps ressorte la chaleur emmagasinée dans l’étuve. L’expérience est fantastique, je trouve un coin pas trop profond et m’assied quelques minutes dans l’eau pour admirer un arc en ciel. Les courbatures du jour seront très vite oubliées avec un tel traitement. Comme je prends un vrai plaisir à ce traitement, je traine un peu et quelques filles arrivent. Le rapport des locaux à la pudeur n’est pas une légende, on est une dizaine, une bière à la main, dans le sauna, dehors sous la pluie ou dans la rivière à déconner….

 

 

 

 

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7 commentaires

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 09-09-2011 à 19:10:24

Gasp ! Moi qui ne me baigne pas dans l'Atlantique que je trouve trop froid !
Continue, c'est très sympa...

Commentaire de L'Dingo posté le 09-09-2011 à 23:42:18

Episode 1: mon inculture géographique faisait que je n'avais aucune idée de ce que j'allais lire

Episode 2: quelques photos de rails en bois serpentant au travers de paysage d'eau et de verdure et me voici embarqué par l'Epy. good way !

ceci étant, les filles delurées en tenue d'Eve, c'est bien , mais j'attends avec impatience les ours :-)))))))))

Commentaire de Pegase posté le 10-09-2011 à 14:08:35

17kgs. Il faudra tenter de delester un peu plus la procahine fois, ça libère l'esprit.

Les planches, cela doit être bien pratique, mais n'est-ce pas encore un peu trop de civilisation ?

Commentaire de RogerRunner13 posté le 11-09-2011 à 17:51:00

Merci, continue à nous faire rêver....

Commentaire de Jihem posté le 20-09-2011 à 23:48:59

Quand est-ce que tu exposes tes photos ? J'adore l'ambiance de ton récit. Le shungsleden ça existe vraiment ou c'est une invention de ta part
?

Commentaire de Francois dArras posté le 22-09-2011 à 16:21:58

Une question m'effleure : la bière, elle faisait partie des 17 kg ou le refuge, qui ne semble pas être pourvu en grand chose, est tout de même régulièrement ravitaillé en bière ?

Commentaire de Rag' posté le 25-12-2011 à 19:31:46

Gab, ça donne toujours envie de chausser ses groles et d'arpenter le Kungmachin. Et si, par malheur, je croise des Suédoises nues dans une rivière, sache que je resterai à leur côté. Une rencontre avec un ours est si vite arrivée...

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